S.S.L.A. de PAU et du BEARN

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La Revue Revue n°42 - 2015
Dernière mise à jour Samedi 18 Novembre 2017

Revue SSLA n°42 - 2015

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SSLA42_2015

Revue de Pau et du Béarn numéro 42 année 2015

Table des matières

- Le mot du Président, par Benoît CURSENTE, page 5
- In memoriam : Pierre Tucoo-Chala (1924-2015)
- Hommage funèbre à Pierre Tucoo-Chala, par Christian DESPLAT, page 11
- Pierre Tucoo-Chala : bibliographie 1949-2014, par Jean-François SAGET, page 15
- Résumés des articles, page 43
- Le Livre Noir, un manuscrit méconnu, par Jean-Pierre DOMECQ, page 49
- La maison Dufourcq d’Arthez, les seigneurs de Lescun, Corisande d’Andoins et Cuba, par Jacques de CAUNA, page 59
- Raconter le cancer du sein. Le traitement par la ciguë de deux religieuses de Pau en 1759-1761, par Daniel DROIXHE, page 79
- L’encadrement en pierre des portes de maisons rurales en Béarn : quelques remarques sur leurs évolutions techniques et esthétiques, par Jean-Paul VALOIS, page 95
- Le témoin dans le ressort du parlement de Navarre (1620-1790), par Christian DESPLAT, page 115
- La statue éphémère d’Henri IV, œuvre d’Henri Roguier, élevée sur le Pont-Neuf le 3 mai 1814. Réflexions sur les aléas de la sculpture dans l’espace public, par Michèle HENG, page 141
- Adolphe Mailharre, soldat, contrebandier et insurgé pyrénéen, par Laurent NAGY, page 157
- Les maires de Pau de 1790 à nos jours : une élite urbaine au service de la cité, par Olivier FARRENG, page 181
- Deux figures de la résistance démocrate-chrétienne à Pau sous Vichy, le chanoine Jean Annat (1876-1970) et Raymond Berriot (1910-1988), par Ricardo SAEZ, page 209
Mélanges
- Arnao del Plano, Oloronais, bourgeois d’Anvers et financier de Charles Quint, par Francis BRUMONT, page 237
- De Reims à Pau, La Source, de Paul Auban, par Vincent LISITA, page 243
- Bibliographie béarnaise 2014, par Valérie CHAMPETIER DE RIBES et Jean-François SAGET, page 249
- Travaux universitaires 2014, page 269
- Ouvrages et travaux, page 271
Vie de l’association
– Le carnet de la SSLA, page 279
– Éphémérides 2015, page 280
– Conférences, page 283
– Excursion, page 289
- Autres activités, page 291

Résumé des articles:

Jean-Pierre Domecq
Le Livre noir, un manuscrit méconnu

Le Livre noir est un manuscrit ouvert le 15 juin 1517 par le Conselh de la ville de Salies « per meter scriber et inserar las causes concorrentes a ladite ville ». Il couvre un champ historique d’environ trois siècles et demi, du règne d'Henri II d’Albret à celui de Louis XIV, du Béarn indépendant au Béarn annexé au royaume de France, de l’avant-protestantisme au rétablissement du catholicisme. Écrit en ancien béarnais largement métissé de français de la Renaissance, il contient, dans des proportions variables selon les époques, des actes du pouvoir souverain et du pouvoir communal, une longue collection de « réceptions de voisins » et de très nombreuses délibérations, riches d'enseignements sur la vie quotidienne de cette communauté béarnaise si singulière.

Maintes fois cité, le Livre noir, pour autant, n’avait jamais fait l’objet d’aucune transcription, traduction ou étude, du moins versée dans le domaine public. Ce sera bientôt chose faite.

Et en 2017, ce vénérable document fêtera son demi-millénaire. Une occasion rêvée de le présenter à la curiosité du grand public.

Jacques de Cauna
La maison de Dufourcq d’Arthez, les seigneurs de Lescun, Corisande d’Andoins et Cuba
La maison Dufourcq, l’une des plus remarquables d’Arthez-de-Béarn, est aussi l’une des plus mystérieuses. Fréquemment qualifiée de manoir ou château, voire château de Corisande, son histoire, entourée d’un halo de légendes, n’est pas facile à reconstituer, faute de documents. Absente du recensement général de Fébus, elle présente seulement la date de 1670 sur l’arcature de son portail et un monogramme plus tardif sur la grille de fer forgé qui renvoie à la famille de magistrats arthéziens des Dufourcq de Membrède, seigneurs de Lescun de Larreule, au service de Corisande d'Andoins, puis de sa postérité dans la maison de Gramont.
Une autre date sur l’entrée des communs, 1829, témoigne de la surprenante aventure collective des Béarnais à Cuba, marquée par le départ « aux îles » de cinq des onze enfants d’une génération familiale entraînés, dans le sillage de leur oncle Prudent de Casamajor, dans une grande entreprise de la colonisation caféière de l’Oriente cubain après la perte de Saint-Domingue. C’est là que se forgèrent de nouvelles alliances prestigieuses dans la famille du poète José-Maria de Heredia et de Marie de Régnier et qu’une nombreuse postérité, un temps espagnole, se signala, tant aux Etats-Unis qu’au Mexique ou en France, par des hommes d’affaires et inventeurs comme le célèbre baron Bich.

Daniel Droixhe
Raconter le cancer du sein. Le traitement par la ciguë de deux religieuses de Pau en 1759-1761

On replace dans le contexte médical du temps, par rapport au traitement du cancer par la ciguë, dû au Viennois Anton Störck, le cas de deux religieuses prises en charge par « M. Porte, médecin à Pau ». La première, nommée Sainte-Marthe, du couvent de Sainte Ursule, est dite guérie par la cure. Le récit donne l'occasion d’évoquer la place attribuée aux menstrues en tant que signes annonciateurs du cancer du sein, dans lequel l’action de la lymphe est largement reconnue. La seconde patiente, Madame de Cazulon, une nonne du « couvent des Filles de Notre-Dame », sera confrontée au choix entre la ciguë et l’extirpation dont on définit les conditions dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Mais « l’amputation des aposthèmes cancéreux », ainsi que va le constater le médecin, « détruit seulement leurs effets, et non leur cause » : « le levain cancéreux ne différa pas de donner des preuves de son existence. » Un traumatisme psychologique court-circuitera une évolution de la maladie qui eût pu être favorable selon le docteur Porte, convaincu de l’efficacité de la ciguë. On rapporte à ces deux cas la problématique de la fréquence supérieure chez les religieuses et les raisons alléguées au XVIIIe siècle, en référence à une étude de J. Le Brun sur les relations faisant état de la même maladie chez des nonnes du siècle précédent.

Jean-Paul Valois
L’encadrement en pierres des portes de maisons rurales en Béarn : quelques remarques sur leurs évolutions techniques et esthétiques

Jusqu’au début du XXe siècle, les maisons rurales en Béarn sont munies d'encadrements le plus souvent en pierres, aussi bien pour les portes charretières des granges que pour les portes piétonnes accédant au logis. Deux grands ensembles sont distingués d’après le style de décoration.
Les portes à accolade, avec piédroit à bord arrondi ou en chanfrein, prolongent les références stylistiques à l’architecture des siècles antérieurs (gothiques) : leur production avec des caractères identiques s’étend jusqu’au XVIIIe siècle.

Un autre modèle apparaît à une date variable selon les secteurs géographiques ; il devient d’usage général au XIXe siècle et renvoie à une autre esthétique, faisant référence à l'Antiquité. Ces deux ensembles sont assez distincts, sans guère d'hybridation ; le modèle néoclassique montre des variations de détail, reflétant spatialement et chronologiquement certaines modes ou le savoir-faire de tailleurs de pierres locaux.

Christian Desplat
Le témoin dans le ressort du parlement de Navarre (1620-1790)

La place du peuple en justice est au cœur d'une relation passionnée, et souvent conflictuelle, dans laquelle le témoin occupe une place délicate qui en fait souvent un suspect. Pour l’historien du droit, « le peuple témoin de justice est une relation fragile ». Le magistrat, mais aussi les justiciables, manifestent une méfiance traditionnelle à son encontre : il en dit trop ou pas assez.

Pour l’historien, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Bien entendu, il cherchera à démêler l'erreur de la vérité, la partialité ou le désir de nuire dans le discours du témoin. Mais il ne juge pas, il tente de comprendre et la parole du témoin lui est donc précieuse, surtout si c'est celle du peuple car elle fut longtemps rare et indirecte dans les sources dont il dispose.

Dans un contexte pyrénéen, celui du parlement de Navarre, le témoin est une ombre que l’on entrevoit, mais qui se laisse mal saisir. Les fors médiévaux et modernes lui accordaient cependant une attention particulière, mais dès le Moyen Âge, ils multiplièrent les conditions restrictives à la crédibilité du témoin. Le témoignage s’inscrivait en effet dans un enjeu de pouvoirs au sein de la communauté, mais aussi dans un stéréotype culturel. Le théâtre des jours gras en fit un personnage répulsif. Les témoins de Pansart sont « gens dignes de foi ; ils ont tous un certificat de bonnes vies et mœurs de leur curé et autres seigneurs » !

Toutefois, lorsque M. Bloch appelait de ses vœux une « histoire de la psychologie sociale du témoin », il rappelait que l’erreur était aussi un objet d’étude pour l'historien « lorsqu’il s'efforce de comprendre l’enchaînement des actions humaines ». Fut-il de potence, le témoin est un gibier que l’historien doit entendre.

Michèle Heng
La statue éphémère d'Henri IV, oeuvres d'Henri Roguier, élevée sur le Pont-Neuf le 3 mai 1814. Réflexions sur les aléas de la sculpture dans l’espace public

La statue d'Henri IV sur le terre-plein du Pont-Neuf fut détruite en 1792. Il y eut plusieurs projets de monuments à la gloire de l'Empire, mais aucun n’aboutit. Lors de la Première Restauration, il fut décidé d’élever une nouvelle statue équestre à cet emplacement, mais le délai de six semaines entre la chute de Napoléon et l’entrée de Louis XVIII compliquait la réalisation. Le sculpteur Henri Roguier, aidé de Houdon, se servit d'effigies anciennes d’Henri IV et fit un moulage d’un des chevaux du quadrige de la Porte de Brandebourg, qui avait été une prise de guerre de Napoléon et qui allait repartir pour Berlin. La statue en plâtre patiné fut érigée lors de l’entrée du roi le 3 mai 1814, resta en place pendant les Cent-Jours et ne fut remplacée qu'en 1818 par celle de Lemot. Louis XVIII, qui avait apprécié l’œuvre de Roguier, la fit placer dans la salle des Maréchaux du Louvre, comme nous l’indique une grande aquarelle de P. F. L. Fontaine, architecte du Louvre et des Tuileries.

Laurent Nagy
Adolphe Mailharre, soldat, contrebandier et insurgé pyrénéen

En septembre 1821, les troupes de Louis XVIII s’installent sur les Pyrénées afin de protéger les régions méridionales de son royaume de la fièvre jaune qui s’est déclarée quelques semaines auparavant à Barcelone. Cette concentration de militaires, souvent d’anciens soldats de Napoléon, attise l’espoir de certains mécontents politiques de les « retourner » en faveur du drapeau tricolore. Au printemps 1822, Adolphe Mailharre, ancien sous-officier de l’Empereur, élabore un projet grandiose pour abattre cette monarchie qu’il déteste. Sa modeste position sociale et son absence de moyens matériels ne l’empêchent nullement d’entrevoir la chute des Bourbon. Son action, complétement oubliée par les historiens, est révélatrice de ce climat postrévolutionnaire qui règne en France durant la Restauration.

Olivier Farreng
Les maires de Pau de 1790 à nos jours : une élite urbaine au service de la cité

Les maires ont en charge la gestion du présent et la préparation de l’avenir de la cité, mais ils se trouvent être, aussi, les héritiers d'une longue histoire, commencée en 1790 avec les premières élections municipales.

C'est ce passé, trop souvent méconnu, qui est retracé dans une présentation nourrie par la matière d'une recherche doctorale. Est campé d'abord le cadre de cette histoire (lieux de pouvoir, modes de scrutin, grands sujets de débat). Dans un second volet sont présentés les maires (origines sociales, idées, implication dans la vie de la cité). Enfin, à travers l’exemple de Jean-Baptiste Castetnau, sont évoqués les tourments des maires au moment des choix difficiles à effectuer à des moments charnières de l’histoire de la ville.

Ricardo Saez
Deux figures de la résistance démocrate-chrétienne à Pau sous Vichy : le chanoine Jean Annat (1876-1970) et Raymond Berriot (1910-1988)

Le présent article s’efforce de dater, d'une part, et d’étudier, d'autre part, les débuts de la Résistance à Pau. Il s’intéresse tout particulièrement à la mise en place, dans le camp des démocrates-chrétiens, d’une opposition précoce et directe à Vichy. S’il est vrai que l’on constate, à la même époque, une simultanéité d’opposition au pouvoir en place au sein d’autres réseaux laïques, nous avons choisi, en ce qui nous concerne, d’illustrer notre propos en nous fondant prioritairement sur des documents inédits à ce jour. Ils permettent, en effet, de saisir sur le vif le combat acharné mené à l’intérieur du journal Le Patriote des Pyrénées, rallié depuis 1896 à la République, par trois acteurs principaux : le chanoine Jean Annat, directeur adjoint du quotidien, Raymond Berriot, professeur à l’école normale de Lescar, et le rédacteur en chef Henri Sempé, dont la dérive collaborationniste met clairement en évidence les luttes idéologiques locales au cours des années noires.

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